L'IA selon Anthropic, le futur de la mobilité & l'adieu à Sora

#02 — 6 avril 2026 — 30 min — avec Théo, Octave et Loris

Pour leur deuxième épisode, les trois hosts s'attaquent à trois sujets brûlants. D'abord Anthropic, son bras de fer avec le Pentagone et sa nouvelle génération de Claude qui débarque dans les entreprises. Ensuite la voiture autonome, entre Waymo, Tesla et la question de savoir si tout ça passera un jour les ronds-points français. Et enfin la fermeture surprise de Sora chez OpenAI, prétexte à un débat : qui, d'OpenAI ou Anthropic, risque de tomber en premier ?

Pourquoi Anthropic s'est-il retiré des contrats militaires du Pentagone ?

Le premier sujet part d'une polémique qui a secoué le secteur : l'usage des IA d'OpenAI et d'Anthropic par le gouvernement américain pour de la reconnaissance faciale, l'identification de cibles, voire le déclenchement de frappes. « C'est dingue de se dire qu'aujourd'hui, on utilise l'IA pour saisir des gens et tuer des gens », lâche l'un des hosts, qui pense à Terminator. L'équipe rappelle qu'en Europe, l'AI Act est justement conçu pour interdire ce type d'usage — la reconnaissance faciale y étant proscrite, sauf dérogation pour les gouvernements qui la justifient.

Théo raconte l'origine de l'affaire : après la prise de Maduro au Venezuela, Dario Amodei, le CEO d'Anthropic, aurait appelé le Pentagone pour savoir si Claude avait servi à localiser et bombarder. Réponse de l'administration : confidentiel, sécurité d'État. Amodei décide alors de retirer Claude des opérations militaires. Le Pentagone réagit très mal et classe Anthropic comme une entreprise posant un risque de sécurité nationale. Quelques heures plus tard, Sam Altman aurait cherché à récupérer le contrat de défense — et se serait pris un backlash sur les réseaux.

Pour les hosts, cet épisode dit quelque chose de la philosophie d'Anthropic. Théo rappelle que Dario Amodei fut cofondateur d'OpenAI avant de partir sur des visions divergentes — l'un plus orienté profits, l'autre plus centré sur le développement éthique — et que Claude a été créé par Amodei et sa sœur, docteure en philosophie. L'un des trois avoue même avoir quitté ChatGPT pour Claude à cause de cette histoire. La conversation glisse ensuite sur les leaks du moment, dont celui d'un modèle baptisé Claude Mythos, décrit comme « trop puissant et bourré de failles » — de quoi inquiéter si un tel outil tombait entre de mauvaises mains. Un sujet qui prend une tout autre dimension débattu à trois voix dans l'épisode.

Claude Cowork : en quoi est-ce différent de ChatGPT, et comment l'IA prend-elle le contrôle de votre ordinateur ?

Le trio enchaîne sur le glissement d'Anthropic, du grand public vers l'entreprise, incarné par Claude Cowork. L'un des hosts en est fan : il l'a fait tourner tout le week-end, avec des routines quotidiennes — une revue d'actualité financière et géopolitique chaque matin, mise en page comme un vrai journal en HTML et rangée automatiquement dans un dossier sur son bureau. Théo remet les choses à plat : l'idée est née de Claude Code, l'outil de développeurs (l'équivalent du Codex d'OpenAI), la « fameuse fenêtre noire » du terminal. En voyant les gens s'en servir pour des tâches administratives, Anthropic a créé Cowork — un Claude qui s'installe sur l'ordinateur et qui, contrairement à un assistant simplement consultatif, accède aux dossiers et aux données de la machine, avec autorisation préalable. « C'est un peu un coworker, quoi. »

L'innovation clé, explique Théo, c'est l'API Computer Use : Claude prend des captures de l'écran, dirige la souris et comprend les étapes de ce qu'il fait. Autre fonctionnalité citée, Dispatch : depuis l'app mobile, on peut lancer à distance une action sur son ordinateur resté allumé chez soi, pour préparer un dossier avant de rentrer. Le revers : Cowork consomme beaucoup de tokens — ces « crédits » dépensés à chaque requête — au point de pouvoir épuiser un abonnement premium en une journée.

L'équipe élargit enfin le débat à l'économie. Chaque nouveau « skill » annoncé — avocat, conseil, Excel, PowerPoint — ferait plonger en bourse l'action de l'éditeur logiciel concerné. Reste à savoir, nuancent-ils, si l'impact est réel ou s'il s'agit de hype : JP Morgan estimerait qu'il n'y a pas encore d'effet visible sur le PIB américain, un décalage que l'économiste Robert Solow avait déjà théorisé. Et Théo pose la vraie question de fond : si une entreprise automatise 60 postes sur 100, qui cotise pour les retraites que ces salariés remplacés ne financeront plus ? Un débat que l'épisode ne fait qu'effleurer — et qui vaut le détour à l'écoute.

Voiture autonome : quels sont les niveaux d'autonomie et où en est le marché ?

Deuxième grand chapitre : la mobilité. Point de départ, l'annonce qu'Uber investit massivement dans la baie de San Francisco, via des partenariats avec Lucid et Nuro, pour rattraper un marché déjà entamé. Devant, deux acteurs : Waymo aux États-Unis, avec environ 250 000 trajets autonomes par semaine, et Apollo Go, du chinois Baidu, qui aurait dépassé les 20 millions de courses.

Pour clarifier, les hosts déroulent l'échelle d'autonomie, du niveau 1 au niveau 5. Le niveau 1 se limite aux petites aides à la conduite ; le niveau 2 (autopilote, BlueCruise) demande un conducteur pleinement responsable ; le niveau 3 (par exemple le Mercedes Drive Pilot) autorise une attention réduite mais seulement sur autoroute — Tesla serait aujourd'hui à ce niveau, malgré des promesses parfois en avance sur la réalité. Le niveau 4, c'est Waymo et Apollo Go : plus de chauffeur, mais uniquement à l'intérieur d'un ODD, un « Operational Design Domain », une zone cartographiée hors de laquelle la voiture ne fonctionne plus. Le niveau 5, lui, roulerait partout, tout le temps — et personne n'y est encore. Les freins ? La législation européenne, très normative sur les questions de responsabilité, et la difficulté technique de sortir de l'ODD. En France, le niveau 3 est autorisé mais bridé à 60 km/h, d'où son absence sur autoroute. De quoi nourrir un débat sur l'adaptabilité de ces voitures à nos ronds-points et à nos vieilles routes, qui vaut le coup d'être suivi en entier.

Monteriez-vous dans une voiture sans volant ?

Le trio passe ensuite à l'expérience vécue. Le premier frein soulevé, c'est l'accident : dans un robotaxi sans volant ni console — une sensation « perturbante » testée lors d'un salon VivaTech à Paris — que se passe-t-il, et qui décide, quand plus aucun conducteur ne peut reprendre la main ? Octave hésite : il aime conduire, mais reconnaît l'intérêt d'économiser un chauffeur ou de pouvoir discuter au lieu de rester scotché à son téléphone.

Les avis divergent sur les usages. Un host relaie des témoignages de femmes qui privilégient Waymo le soir, pour se sentir en sécurité sans dépendre d'un chauffeur. Octave voit surtout l'intérêt sur les longs trajets — un Nice-Paris de 9 à 10 heures où l'on pourrait travailler ou regarder un film — quand un autre défend l'inverse : l'autonome pour les petits trajets connus, et le plaisir de parler aux gens sur la route. La discussion finit en éclat de rire sur l'idée de réaménager l'habitacle façon Maybach. Une séquence à écouter pour l'ambiance autant que pour le fond.

Pourquoi OpenAI a-t-il fermé Sora, et qui risque de tomber en premier ?

Dernier sujet, le « flop de la semaine » : la fermeture de Sora, le modèle de génération vidéo d'OpenAI. Face à une concurrence de plus en plus rude, l'entreprise se recentrerait sur ses modèles plus standards. Conséquence spectaculaire selon Théo : l'énorme deal signé avec Disney pour intégrer les personnages Marvel — annoncé à un milliard — deviendrait caduc. Le tout au moment où OpenAI lèverait encore un milliard, malgré des pertes, ce qui fascine les hosts.

De là, un débat plus large : Claude progresse, OpenAI « prend cher » sur le plan de l'image. Mais Théo tempère avec un chiffre en tête — sur les usages grand public, OpenAI reste majoritaire et affiche un chiffre d'affaires bien supérieur, ce qui en fait une entreprise « too big to fail », au même titre qu'Anthropic dont dépendent de nombreux contrats entreprise. Un des hosts parie néanmoins qu'OpenAI, premier arrivé et premier à cramer du cash pour rester en tête, pourrait être le premier à chuter. Verdict suspendu — et rendez-vous sur Polymarket. Pour connaître le fin mot du débat, il faut écouter l'épisode jusqu'au bout.

Les points clés de l'épisode

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